
Alexandre Marius Jacob est né le 27 septembre 1879 à Marseille. A 11 ans il embarque comme mousse et navigue sur toutes les mers du monde. A 13 ans, lors d’une escale à Sydney, il déserte. Puis il embarque, sans le savoir, sur un bateau pirate. A 16 ans il devient apprenti typographe, il rencontre alors les anarchistes. Un agent provocateur lui ayant procuré des explosifs et l’ayant dénoncé il est condamné à 6 mois de prison. Il a 17 ans et à sa libération, la police prévenant systématiquement ses employeurs, il ne parvient pas à garder un travail.
Pour survivre il décide donc de faire de la « reprise individuelle » et il devient le chef des « travailleurs de la nuit », une bande de cambrioleurs un peu particulière puisqu’elle ne cambriolait que les « parasites sociaux » et reversait 10% de ses gains à la « cause ».
L’aventure durera plusieurs années. Lors de son procès Jacob revendique haut et clair LE DROIT POUR LES PAUVRES DE VOLER LES RICHES.
Bien que n’ayant jamais tué personne (pour cela et pour le reste il servira de modèle à Maurice Leblanc et à son Arsène Lupin) il sera condamné aux travaux forcés à perpétuité, direction toute la Guyane et l’enfer. Il y fera 25 ans et 3 mois (dont 8 ans et onze mois aux fers). Debout. Sans jamais céder sur quoi que ce soit. En dénonçant sans cesse l’administration pénitentiaire.
De retour en France en 1928 il s’installera comme marchand forain. Lors de la révolution espagnole on le soupçonnera d’avoir fait passer des armes aux libertaires. Et le 28 août 1954, ne voulant pas connaître les affres de la vieillesse, il se suicidera en laissant un petit mot : « linge lessivé, rincé, séché, mais pas repassé. J’ai la cosse. Excusez. Vous trouverez 2 litres de rosé à côté de la panetière. A votre santé ! ».
Ce livre est le fruit de nombreuses rencontres et discussions avec Jacob, de ce fait, c’est un des meilleurs livres écrits sur Alexandre Marius Jacob.
p.32 :
L’auteur rappelait qu’une « besogne importante sera de jeter bas tous les édifices… qui sont un symbole d’oppression. Aucun vestige du passé ne sera respecté…que tous les monuments qui pourraient servir de point de ralliement à une autorité quelconque soient jetés bas, sans pitié ni remords…faites sauter les églises, les couvents, les casernes, les prisons, les préfectures, les mairies, etc… Brûlez toutes les paperasses administratives partout où elles se trouvent. Au feu les titres de propriété, de rentes, d’actions, d’obligations,… les hypothèques, les actes notariés, les actes de société, etc… au feu le grand livre de la dette publique, ceux des emprunts communaux et départementaux… les livres des banques, des maisons de commerce, les billets à ordre, les chèques, lettres de change, etc … au feu les papiers de l’état civil, du recrutement, de l’intendance militaire, des contributions directes et indirectes ! Au feu ces papiers malsains, titres d’esclavage de l’humanité, défendus par des milliers de soldats, de policiers, de magistrats de toutes sortes ! »
Evidemment, tout cela vous serre le cœur, car « Notre-Dame et ses vieilles cathédrales gothiques, où nos aïeux.., ont mis leur âme et leur vie sont des chef-d’œuvre… mais tant qu’elles resteront debout, la conscience humaine ne pourra se dégager des préjugés dont elles sont la représentation lithovivifiée… ne pouvant les mettre sous cloche dans les musées, le mieux est encore de les détruire malgré les clameurs contre le vandalisme révolutionnaire et les malédictions des archéologues futurs. »
p.62 :
Je pensai au garde-sémaphore dont les paroles me résonnaient encore aux oreilles : « J’aurai une retraite… je suis honnête, moi je travaille. »
« C’est alors que je compris toute la puissance morale de ce préjugé. Se croire honnête parce qu’on est esclave ! C’est alors que je compris aussi la force de ce frein contre la révolte, l’espoir d’une retraite. Allons, bourgeois ! Vous avez encore de beaux jours à régner sur le peuple ! Vous n’aurez rien à craindre tant que vos ignares victimes seront empoisonnées par l’espoir d’une retraite et par l’imbécilité de se croire honnêtes parce qu’ils crèvent de faim. »
p.68 :
« Je ne tue pas pour le plaisir de tuer, écrira-t-il ensuite en prison. Cela est bon pour les honnêtes gens. Les militaires par exemple. »
p.75 :
« Pour les gens qui prennent au sérieux la société, a dit Balzac dans son César Birotteau, l’appareil de la justice a un je ne sais quoi de grand et grave. » Mais qui prendrait la société moins au sérieux qu’un anarchiste ? Pour lui, cet appareil n’est qu’une comédie grotesque propre à impressionner les nigauds, ma majesté de la fonction n’existe pas, et tout y est prétexte à ridicule. C’est avec les yeux d’un Daumier et d’un Courteline qu’il regarde un juge, un tribunal, un jury. Il n’aperçoit là qu’une mauvaise pièce montée par de piètres acteurs, tandis que se déroule dans les coulisses le véritable spectacle, celui d’une comédie humaine où triomphent les appétits des privilégiés. Et Jacob renforçait ce sentiment par une tournure d’esprit personnelle qui lui faisait imaginer son interlocuteur tout nu : « Je le voyais bedonnant et les jambes grêles, ou bien la poitrine creuse et le dos voûté, dit-il. Et je n’avais plus envie que de rire du pauvre diable. »
p.78 :
Le premier militaire qui vient à la barre, il l’apostrophe ainsi :
« De tous les fléaux qui dominent les hommes, la guerre est le plus funeste. Au lieu de la combattre, des hommes, pour satisfaire leur ambition, ont remplacé le dogme de Dieu par celui de la patrie. Je considère les militaires comme des assassins. »
[…]
« C’est au nom de la charité chrétienne que vous accusez, sans doute ? » Et il lance sa diatribe : « J’ai cambriolé assez de prêtres. Chez tous, j’ai trouvé un coffre-fort, et quelque fois plusieurs. Ils ne renfermaient pas des harengs, je vous prie de la croire. S’ils contenaient quelques hectogramme de pains à cacheter, ils contenaient aussi de fortes sommes…Et voilà les charlatans qui m’appellent voleur ! Mais je suis bon prince. Je ne leur en veux pas. Je leur donne ma bénédiction. Ainsi soit-il ! »
[…]
« Les juges, les magistrats, il n’en a cure ! Ils ont tous mis leur pouvoir à la disposition des riches pour écraser les pauvres. Selon le mot d’Anatole France, ce sont des machines à exécuter. Or, on ne guérit pas en réprimant. Des magistrats, ça ne peut exister que dans une société corrompue ! » S’il a un regret, c’est d’en avoir cambriolé trop peu.
p.80 :
Le président veut-il savoir s’il avait des indicateurs ? « Je n’avais besoin de personne pour me guider. Partout où je vois de belles demeures, je me dis : voilà mes clients. » À propos des incendies : « C’est un accident de guerre. Turenne, Louvois ont incendié le Palatinat, et vous les glorifiez. »
p.82 :
« Du haut en bas de l’échelle sociale, tout n’est que friponnerie d’une part, et idiotie de l’autre. Comment voulez-vous, que pénétré de ces vérités, j’ai respecté un tel état de chose ?
Un marchand d’alcool, un patron de bordel s’enrichit alors qu’un homme de génie va crever de misère sur un lit d’hôpital. Le boulanger qui pétrit le pain en manque, le cordonnier qui confectionne des milliers de chaussures montre ses orteils, le tisserand qui fabrique des stocks de vêtements n’en a pas pour se couvrir. Le maçon qui construit des châteaux et des palais manque d’air dans un taudis infect. Ceux qui produisent tout n’ont rien, et ceux qui ne produisent rien ont tout !
3un tel état de chose ne peut que produire l’antagonisme entre les classes laborieuses et les classes possédantes, c’est-à-dire fainéantes. La lutte surgit et la haine porte ses coups.
« Vous appelez un homme voleur et bandit, vous appliquez contre lui les rigueurs de la loi sans vous demander s’il pouvait être autre chose. A-t-on jamais vu un rentier se faire cambrioleur ? J’avoue ne pas en connaître. Mais moi, qui ne suis ni rentier ni propriétaire, qui ne suis qu’un homme ne possédant que ses bras et son cerveau pour assurer sa conservation, il m’a fallu tenir une autre conduite. La Société ne m’accordait que 3 moyens d’existence : le travail, la mendicité, le vol. Le travail, loin de me répugner, me plaît, l’homme ne peut même pas se passer de travailler ; ses muscles, son cerveau possèdent une somme d’énergie à dépenser. Ce qui m’a répugné, c’est de suer sang et eau pour l’aumône d’un salaire, c’est de créer des richesses dont j’aurais été frustré.
« En un mot, il m’a répugné de me livrer à la prostitution du travail. La mendicité, c’est l’avilissement, la négation de toute dignité. Tout homme a droit au banquet de la vie. LE DROIT DE VIVRE NE SE MENDIE PAS, IL SE PREND. »
p.85 :
« Pour détruire un effet, il faut, au préalable, en détruire la cause. S’il y a vol, ce n’est que parce que tout n’appartient qu’à quelques-uns. LA LUTTE NE DISPARAITRA QUE LORSQUE LES HOMMES METTRONT EN COMMUN LEURS JOIES ET LEURS PEINES ? LEURS TRAVAUX ET LEURS RICHESSES ? QUE LORSQUE TOUT APPARTIENDRA A TOUS.
Anarchiste révolutionnaire, j’ai fait ma révolution. Vienne l’Anarchie ! »
p.108 :
Tous ceux qui ont eu quelques démêlés avec la justice savent que les sociétés humaines emploient, pour leurs basses œuvres, des individus qui se situent indiscutablement, dans la hiérarchie des êtres, au-dessous de certains animaux.
p.167 :
« C’est au bagne que j’ai vu combien il était dangereux de donner plein pouvoir à un homme assermenté dont la parole est à priori sacrée, - le surveillant- sur un homme dont la parole est à priori considéré comme un mensonge, -le condamné-. On a là, sous les yeux, la preuve sans cesse renouvelé que le pouvoir corrompt fatalement celui qui le détient. A pareille école, tout observateur réfléchi, qui sait voir et se souvenir, ne peut, s’il est humain, trouver le salut que dans la suppression des pouvoirs absolus et de leurs policiers. »
-Le docteur Louis Rousseau (1930)

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