mercredi 23 février 2011

Face à la violence, face au pacifisme, l’anarchisme




Face à la violence, face au pacifisme, l’anarchisme

Dans le contexte actuel d’oppression croissante des peuples par le capitalisme, où le mot « anarchie » est à nouveau rapproché de celui de « violence » par les sbires du pouvoir pour disqualifier les dignes révoltes qui éclatent ici et là dans le monde, il nous semble judicieux d’entreprendre à nouveau une réflexion sur la violence.

La violence est un rapport social, puisqu’elle implique toujours un agresseur et un agressé, une atteinte portée à l’intégrité d’un tiers- physiquement ou moralement. C’est un rapport brutal, de domination, entre des gens. Mais, tous les gens n’ayant pas le même avis, n’occupant pas la même position dans la société, n’auront pas la même idée de ce qu’est la violence et de ce qui ne l’est pas (par exemple de ce qui relève de la légitime violence). En ce sens la violence est aussi, malgré sa cruauté, une notion relative. Ce que certains qualifient de « violence » ne l’est pas pour tous. Ce peut être légitime pour les uns, illégitime pour les autres.

[…] la spécificité de la lutte des classes n’existe précisément que par la méconnaissance de cet état de conflictualité réelle chez une partie importante de la classe dominée. Ma classe dominée ne se sent majoritairement pas en guerre. Si elle l’était, elle balaierait sans peine ses oppresseurs.

[…]Le rejet de la violence n’implique pas d’accepter la violence sur soi et sur les autres sans répondre. Ça c’est accepter la violence, la cautionner même, puisque la résignation EST son fondement ! Est-ce vraiment de la « violence », lorsque le dialogue échoue ou est impossible face à une violence, de refuser de tendre l’autre joue, de ne pas laisser faire la violence lorsqu’on assiste à une agression perpétrée sur soi ou sur autrui ? Recourir à la force pour empêcher une violence, n’est-ce pas plutôt un refus cohérent de la violence, une forme radicale de non-violence ?

[…] La violence ne se perpètre et ne se reproduit, c’est à dire ne s’installe comme mode de relation sociale, que si l’on s’y résigne, que si on la tolère, y compris par le pacifisme.

Cela implique aussi de construire socialement, et donc politiquement, une alternative radicale, révolutionnaire, à la violence sociale. Pour cela, il serait judicieux d’arrêter de cautionner l’idée de violence, de relayer ce mot du pouvoir créé pour nous discréditer.

Préférer l’idée de légitime défense n’est pas qu’une querelle de mot, mais une différence politique de fond sur les moyens et donc sur les fins.

[…] Il y a une différence réelle entre assassiner un patron au nom de la vérité révolutionnaire, et se défendre, par la force s’il le faut, des attaques de ses nervis et des flics, pour tenir un atelier occupé et autogéré, dont la production est débattue, et mise à la disposition de la société.

[…] Nous ne voulons pas la lutte des classes, nous la subissons. Nous voulons une société sans classe ni État.

Mais la lutte des classes est là pour en finir avec elle, il ne faut pas la cacher, mais la voir. Cesser de consentir, nous mettre debout, résister, nous défendre avec fermeté et force contre la violence globale de ce système. S’il nous semble judicieux, tant éthiquement que stratégiquement, de ne pas revendiquer la « violence », ils nous semble indispensable de faire cesser la violence structurelle du pouvoir, et pour cela de construire un véritable rapport de force social, en nous organisant résolument sur des modes d’organisation et de lutte antiautoritaires.

John Rackham (groupe Pavillon noir de la FA), le Monde Libertaire n°1622

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