
Bob Black est né à Détroit le 4 janvier 1951.
Diplômé en sciences sociales et en droit, il formera, de 1977 à 1983, à peu près seul la « Dernière Internationale », consacrée à la production d'affiches à tendance anarchiste/situationniste/absurdiste.
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Le travail bafoue la liberté. Selon le discours officiel, nous autres Occidentaux vivons dans des démocraties et jouissons de droits fondamentaux, alors que d’autres sont plus infortunés : privés de liberté, ils doivent subir le joug d’États policiers. Ces victimes obéissent, sous peine du pire, aux ordres, qu’el qu’en soit l’arbitraire. Les autorités les maintiennent sous une surveillance permanente. Les bureaucrates à la solde de l’État contrôlent jusqu’aux moindres détails de la vie quotidienne. Les dirigeants qui les harcèlent n’ont à répondre qu’à leurs propres supérieurs, dans le secteur public comme dans le privé. Dans les deux cas, la dissidence et la désobéissance sont punies. Des délateurs informent régulièrement les autorités. On nous présente tout cela come étant le Mal.
Et en effet cette vision est effroyable, même si ce n’est rien d’autre qu’une description universelle de l’entreprise moderne. Les conservateurs, les ultra-libéraux et les démocrates de gauche qui dénoncent le totalitarisme sont des faux-culs. Il y a plus de liberté dans n’importe quelle dictature vaguement déstanilisée que dans l’entreprise américaine ordinaire. La discipline que l’on applique dans une usine ou dans un bureau est la même que dans une prison ou dans un monastère. En fait, comme l’ont montré Foucault et d’autres historiens, les prisons et les usines sont apparues à peu près à la même époque. Et leurs initiateurs se sont délibérément copiés les uns les autres pour ce qui est des techniques de contrôle.
Un travailleur est un esclave à temps partiel. C’est le patron qui décide de l’heure à laquelle il vous faut arriver au travail et de celle de sortie- et de ce que vous allez faire entre-temps. Il vous dit quelle quantité de labeur il faut effectuer, et à quel rythme. Il a le droit d’exercer son pouvoir jusqu’aux plus humiliantes extrémités. Si tel est son bon plaisir il peut tout réglementer : la fréquence de vos pauses-pipi, la manière de vous vêtir, etc. hors quelques gardes-fous juridiques fort variables, il peut vous renvoyer sous n’importe quel prétexte- ou sans la moindre raison. Il vous fait espionner par des mouchards et des cheffaillons, il constitue des dossiers sur chacun de ses employés[…] Si l’on s’adonne à un travail monotone, stupide et ennuyeux, il y a de grandes chances que l’on devienne à son tour monotone, stupide et ennuyeux. Le travail –l’esclavage salarié- constitue en lui-même une bien plus valide explication à la crétinisation rampante qui submerge le monde que des outils de contrôle aussi abrutissants que la télévision ou le système éducatif.
[…] Nous tuons des gens par millions dans le but de vendre des Big Mac et des Cadillac aux survivants…
[…] Il y a 35 ans, Paul et Percival Goodman estimaient que seuls 5% du travail effectué alors- il est probable que ce chiffre, pour peu qu’il soit fiable, serait plus bas de nos jours- auraient suffi à satisfaire nos besoins minimaux : alimentation, vêtements, habitat. Le gros du travail ne sert qu’à servir les desseins improductifs du commerce et du contrôle social. Du jour au lendemain nous pouvons affranchir des millions de VRP et de soldats, de gestionnaires et de flics, de courtiers et d’hommes d’églises, de banquiers et d’avocats, de professeurs et de propriétaires de logements, de vigiles et de publicitaires, d’informaticiens et de domestiques, etc.
40% de a main-d’œuvre est constituée de cols blancs, dont la plupart exercent quelques-uns des métiers les plus ennuyeux et les plus débiles jamais inventés. Des secteurs entiers de l’économie, l’assurance, la banque ou l’immobilier par exemple, ne consistent en rien d’autre qu’en un brassage de paperasse dénué de toute utilité réelle.
[…] le travail est en soi la plus redoutable des polices, les maîtres veulent votre temps, et en quantité suffisante pour que vous leur apparteniez, corps et âmes.
[…]
Ensuite le couperet peut tomber sans dommages sur le travail productif lui-même. Plus jamais de production d’armements, d’énergie nucléaire, de bouffe industrielle, de désodorisants – et par-dessus tout, plus jamais d’industrie automobile. Je n’ai rien contre une Stanley Steamer ou une Ford T de temps à autre, mais le fétichisme libidinal de la bagnole qui fait vivre des cloaques comme Détroit ou Los Angeles, pas question ! À ce stade nous avons déjà, mine de rien, résolu la crise de l’énergie, la crise de l’environnement et d’autres problèmes sociaux connexes et réputés insolubles.
[…]
Karl Marx a écrit qu’ « on pourrait rédiger une histoire des inventions depuis 1830 dans la seule intention de fournir des armes au capital contre les révoltes de la classe ouvrière. »
Prolétaires du monde entier, reposez-vous !




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